mardi 29 mars 2016

Paroles d'Algériens: Ecrire pour résister dans l'Algérie du XXème siècle.


J'ai recopié ce texte écrit par Wassiny Laredj en préface à ce recueil d'écrits d'auteurs algériens et dont il a assuré la direction. Je recopie cette préface tant elle est criante de vérité et justement bien écrite.  

"Les textes rassemblés dans ce volume ne se ressemblent pas et ne représentent pas forcément toute la littérature algérienne. Pourtant, ils viennent d'un substrat commun et leur essence est la même: refus des diktats et de l'injustice sous toutes leurs formes. Ils viennent de temps et d'espaces différents mais appartiennent à la même terre et reflètent un même cri incessant de liberté. Ce sont des textes qui évoquent les maux et les douleurs engendrées par l'écriture: l'enfermement, l'exil, le déplacement, l'interdit, l'errance, les assassinats qui ont fait l'actualité macabre des années quatre-vingt-dix, et, surtout une résistance sans faille.

Ce livre est aussi un grand espace où s'entremêlent des voix rebelles et différentes, de couleurs disparates, dans une même fresque qui retrace depuis l'Antiquité ce désir indescriptible de liberté, de révolte où la beauté du verbe et son acharnement sont maîtres des lieux.

Tout en ponctuant des époques différentes, ces textes laissent poindre en filigrane des constantes qui reflètent à la fois le refus et le désir d'aller vers une époque plus juste. Ce ne sont pas des témoignages mais des textes qui témoignent de la douleur et des soubresauts permanent de l'histoire bouillonnante de l'Algérie. En dépit des drames qu'ils décrivent, ils s'imposent, à l'intérieur des incertitudes, en faveur d'une vérité blessée, celle de l'homme qui se bat depuis l'éternité pour son statut naturel d'homme libre.

Ce sont des textes de contestation, d'une contestation dans laquelle coule un grand humanisme et une douceur qui se conjuguent à une révolte de l'homme contre toutes les injustices et les abus, contre la déception et les logiques déroutantes qui abrutissent l'être humain et l'aliènent. Mostefa Lachref, à l'intérieur d'une cellule, ne règle pas ses comptes avec un ennemi qui met en péril sa propre vie et celle de son pays. Il veut que son écriture calme et pensante, sème dans l'esprit de ses geôliers quelque chose de l'ordre de la compassion et de l'humanisme. L'espace carcéral devient un lieu de découverte, celle de sa propre humanité comme celle d'autrui. La lecture devient le plus sûr moyen d'élargir les horizons et de ne pas tomber dans la haine.

Avec Bachir Hadj Ali, Kateb Yacine et d'autres poètes, c'est toute une génération qui a assumé pleinement son refus du fait colonial. Par leurs pratiques littéraires, ils ont donné naissance à une écriture qui se révoltait et qui exorcisait la peur en investissant un espace cosmopolite de mots et de livres. Dans leurs mots sommeillait la révolte qui allait éclater.

Des mots de femmes aussi, ceux d'Assia Djebbar, Zineb Laouedj et Hadjar Bali. Des générations différentes, mais une même révolte contre l'injustice sous toutes ses formes: colonisation, sous-développement, nationalisme, intégrisme religieux, et, traversant époques et régimes politiques, l'oppression féminine et l'inégalité des sexes.

Rachid Mimouni disait à juste titre: rester, c'est mourir beaucoup, partir, c'est mourir un peu. Il ne se rendait pas compte qu'il était en train de définir une machine aveugle qui échappe à toute définition: l'exil. L'exil, c'est bien souvent le silence et l'isolement, c'est la mort programmée des repères et l'assèchement des racines. Un éloignement qui se rêve provisoire et qui se nourrit d'un retour proche, oubliant que les années d'absence ne peuvent être comblées.

Dans tous les écrits choisis dans ce livre, c'est la résistance qui s'exprime, avec des mots et des styles différents selon les époques et les situations politiques, mais avec toujours cette nécessité impérieuse de dire, de témoigner, de refuser l'arbitraire.

Écrire pour résister, toujours... Dib dit l'amour, il subit l'exil, Yacine l'isolement, Bachir Hadj Ali l'enfermement, Sénac l'oubli et l'ingratitude, Djaout, Alloula et Mekbel, l'assassinat, Zineb Louedj dit la résistance, elle subit l'errance. Dans toutes leurs finalités douloureuses, l'écriture et les mots blessés masquent très mal le désir immortel de la vie.

Mais peut-on interdire à l'homme de rêver et à l'histoire de se frayer un chemin vers la liberté?"

Waciny Laredj
Romancier et universitaire

lundi 21 mars 2016

Rêverie et tromperies

D'emblée disons le, ce livre maladroitement nommé Les Versets Staniques, fut pour moi une désillusion, un rendez-vous raté. Mais paradoxalement, ce rêve Rushdéïte, fut assez pesant pour avoir réellement hante mes nuits. Pour le coup, je ne vais pas me casser énormément la tête. Je ne vais faire que retranscrire un rêve que j'ai eu et dans lequel m'est apparu Salman Rushdie. Je crois même que cette démarche qu'est celle de répondre par le rêve à un livre qui se veut la retranscription d'une suite de rêves et d'hallucinations est plus que pertinente.

Sulman Rushdie annonçant fièrement au monde qu'il a une main assez large pour pouvoir tenir son livre de 500 pages.

Venons-en à mon rêve. J' voudrais tout d'abord vous présenter mes excuses car j'ai oublié le début et la fin de ma vision onirique. C'est toujours comme ça avec ces expériences que sont les rêves, on ne se rappelle que de quelques images saisissantes et le reste, trop banal, redondant, est condamné à être omis. L'expérience que j'ai eu avec le livre de Rushdie était, en somme, assez similaire; un perpétuel oubli, car chargé, trop pesant, éreintant, sinuant, aboutissant sur une impasse.

Son livre était une rude marche sur un asphalte tapissant le terrain d'un univers hostile. C'était un lieu où il m'a été impossible, tout au long de ma traversée, de marquer mes pas, de m'y retrouver. Pourtant, j'ai bataillé pour m'accrocher et finir ce livre, gavé de personnages sans âmes et incapables de raviver un récit mort né. Terminer ce bouquin ... c'était une dure bataille contre l'impatience, contre l'envie de fermer le livre brusquement et de le balancer contre le mur. Une bataille contre moi et moi même en somme. Un peu à la manière de cette bataille entre les deux protagonistes du livre, que notre héro de la liberté d'expression dépeint d'une manière soporifique. Car oui, on est jamais loin du champ lexical qui tourne autour du sommeil avec Rushdie.

Pour en finir avec cette expérience littéraire complètement désolante. Dans mon rêve, je vois Rushdie attablé à une terrasse, délectant d'un bon verre de vin, ayant une belle et magnifique jeune fille assise sur ses genoux. Je m'approche et lui déclare que j'ai eu un mal de chien à lire son livre, ce à quoi il répond qu'il en était désolé. La fille me regarde bizarrement et je sens que je plombe l'atmosphère; je rajoute une couche en lui demandant si ses autres livres sont tout aussi chiant. Il répond en faisant oui de la tête avec le même air qu'un chien battu. Au fond et j'en suis certain, Rushdie est parfaitement conscient que le succès qu'il a connu en librairie n'était en rien le fruit d'un quelconque éclair de génie, mais le résultat d'un accident, le résultat l'imbécilité des gens qui ont émis une fatwa contre lui le condamnant à mort.

Sur la photo des filles iraniennes dont l'une d'elles porte une pancarte appelant au meurtre de Rushdie sans même savoir ce qu'il y a écrit dessus.


 

samedi 12 mars 2016

Ode A Parménide



Connaitre ce qui est, pour nous humains, est intiment lié à nos sens. On connait ce qui nous entoure, grâce à nos sens, et on prend conscience de ce qui nous entoure grâce à nos sens. Pour nous l'idée que ce qui nous entoure existe est intiment lié à notre conscience. Nous acquérons cette dernière à notre naissance. Notre expérience de ce qui nous entoure commence à partir de cette date. Et il se déroule en notre for intérieur une sorte de jeu entre ce qui est et notre conscience de ce qui est, un tourbillon qui fait que les deux ne sont plus distincts. Les deux dansant, ils ne forment qu'un; jusqu'à devenir inséparables.

Mais cette union est un leurre; oublier que ces deux se rencontrent le temps d'une danse seulement nous emmène vers des chemins sinueux et nous embourbe. Car cette union est fragile. L'être est, le non être n'est pas et l'être vient avant notre conscience qu'il est. On se leurre alors à croire que l'être fut un jour non être;  qu'un jour du néant il y a eu ce qu'il y aujourd'hui. On se trompe à croire que l'être vient avec notre conscience et on oublie de les séparer. La conscience de ce qui est a un début  mais ce qui est, est éternel

Nous somme une exception de ce qui existe; des êtres qui sont et savent qu'il le sont et que l'être est. Nous passons d'une inconscience de ce qui est à une conscience de ce qui est, porté par ce qui est; mais ce qui est, l'a toujours été et le restera à tout jamais. 

Qu'est ce que l'être sans conscience qu'il est?

Qu'est ce que le néant sinon notre inconnaissance de l'être?